Non à l’adhésion à la Mahjong International League

Depuis quelques années est apparue sur la scène mahjong la MIL, Mahjong International League, une organisation qui entend organiser et encadrer la pratique du mahjong au niveau mondial, et en faire la promotion en tant que sport de l’esprit. Ce sont bien sûr des valeurs dans lesquelles nous nous reconnaissons, mais en revanche les méthodes utilisées par la MIL pour y parvenir nous laissent dubitatifs. D’ici un mois et demi, la Fédération Française de Mah-Jong va voter pour décider s’il faut rejoindre ou non la MIL ; en ce qui nous concerne nous y sommes parfaitement opposés, et nous voudrions donner un aperçu des raisons qui nous poussent à adopter cette position, afin que chacun puisse se rendre compte de leur multiplicité et de leur sérieux, en restant volontairement superficiels pour laisser l’article lisible, ceux qui voudraient pousser plus loin la réflexion pourront se référer au sujet dédié sur le forum de la Fédération Française de Mah-Jong.

Des méthodes douteuses

La première chose qui nous inquiète est la façon d’opérer de la MIL. L’organisation est assez obscure, les statuts et objectifs peu clairs et elle fait appel à un lobbying agressif. Pour convaincre des fédérations nationales de la rejoindre elle identifie quelques joueurs influents et entretient avec eux des relations privilégiées, allant jusqu’à les sponsoriser lourdement (à un niveau de confort qui confère au «mécénat» un caractère de cadeau). Ces membres privilégiés deviennent le point de contact de la MIL, ils semblent bien informés de ses plans pour le futur, mais il ne s’agit pas d’information publique puisque la plupart des adhérents de la FFMJ sont dans le flou et pour beaucoup ne se représentent que très vaguement ce qu’est la MIL.

Les statuts ne font pas beaucoup pour rassurer sur la transparence : ils contiennent un nombre important d’articles expurgés qui amènent à se demander ce qu’il y avait de marqué à l’origine, ou ce qu’il est prévu d’ajouter plus tard. Ces mêmes statuts organisent une opacité organisationnelle et financière où personne à part les pontes n’aurait accès aux documents importants (article 12.1).

La MIL n’hésite pas non plus à s’approprier le travail et l’image des autres en revendiquant des adhésion de fédérations qui n’ont été ni approuvées ni validées par les nations concernées (la France a ainsi été inscrite non pas une mais deux fois simultanément, et à l’heure actuelle au moins le Royaume-Uni et la Pologne sont faussement déclarés comme rattachés à la MIL). Elle s’est également distinguée en amont du World Riichi Championship 2017, où elle s’est présentée comme étant associée aux organisateurs pour fournir des places à des joueurs d’Amérique du Sud, ce qu’elle n’a dénié qu’après une demande des vrais organisateurs.

Et enfin, la MIL malgré sa jeunesse a déjà eu le temps de mettre en place une opacité financière puisqu’on ne sait ni de quels moyens elle dispose ni d’où ils viennent. Sont sobrement évoqués «des sponsors», quant à savoir lesquels et ce qu’ils gagnent en retour, la question reste entière. On a coutume de dire que «quand c’est gratuit, c’est toi le produit», c’est particulièrement vrai dans le cas du sponsoring où le sportif concerné vend son image. Le principe ne nous dérange pas (et pour être transparents : le rédacteur de cet article a pu se rendre aux États-Unis en Octobre 2017 grâce à ce type de support), mais il est en revanche impensable pour nous de s’associer à n’importe qui. Qui plus est, en dehors d’une gratuité mise en avant mais temporaire, une fois passé la «période d’essai» nous ne savons pas combien coûterait notre adhésion.

Un vote malvenu

En dehors de ce que nous reprochons à la MIL, nous ne considérons pas le scrutin en préparation comme sérieux. Son timing nous semble non seulement inadapté mais en plus intéressé.

Nous le considérons inadapté parce que, bien qu’il soit rappelé en préambule que la FFMJ a à plusieurs reprises évoqué la MIL, y compris en AG, et qu’il soit proposé comme conséquence qu’il serait temps de prendre une décision, nous ne disposons en réalité que de peu d’informations sur lesquelles baser notre décision. Certes le sujet a été abordé plusieurs fois, mais toujours de manière superficielle, et toujours avec la conclusion que nous avions besoin de plus d’informations. Il nous a bien été communiqué quelques documents, mais ils tiennent plus de la publicité que du dossier de présentation, et moins encore d’un projet détaillé.

Nous le considérons comme intéressé parce qu’une adhésion rapide à la MIL permettrait éventuellement, de l’aveu même d’une des personnes concernées, à une petite poignée de joueurs français de bénéficier d’une prise en charge de leurs frais engagés pour la participation à un tournoi organisé par la MIL en Chine en août : le World Mahjong Sports Games. Il s’agit donc pour nous d’un conflit d’intérêt évident, qui bien qu’il ne soit pas répréhensible en soi aurait dû être explicité dès le début de la procédure au nom de la transparence.

Une incertitude pour le mahjong, un risque pour le riichi

Il y a enfin un argument moins politique et plus lié au jeu en lui-même : la MIL créé de l’incertitude par rapport à la pratique du mahjong et un risque pour le riichi en particulier.

En effet, elle revendique dans ses statuts avoir parmi ses objets la pratique du mahjong au format «duplicate» ou «duplicata», qui consiste à distribuer les mêmes donnes à tous les joueurs d’un tournoi. Sur le principe pourquoi pas, mais la mise en œuvre nécessite des adaptations tant des mécaniques de jeu que de l’organisation. Pour les premières, si elles ont le potentiel comme promis de diminuer la part de chance, elles ont aussi celui de dénaturer le jeu. Pour les deuxièmes, elles peuvent poser des difficultés insurmontables aux petites structures qui n’auraient pas les moyens humains (sous la forme de bénévoles) ou matériels (sous la forme d’équipements de triage) d’assurer la logistique d’un tournoi. Tant que ces deux points ne sont pas éclaircis nous ne savons pas quel jeu nous nous engageons à soutenir, et les points de contact français ont beau nous répéter que le duplicata n’est pas important aux yeux de la MIL, il en reste inscrit en bonne place dans les statuts.

Pour le riichi le problème est plus grand : la MIL entend le représenter et à ce titre revendique, ainsi que pour ses affiliés nationaux, une autorité exclusive, alors même qu’elle semble méconnaître le riichi en dehors de ses aspects superficiels. À vrai dire elle semble plus intéressée par le réservoir de joueurs que par le jeu. Et l’exclusivité à ses affiliés implique entre autres que l’autorité qu’elle reconnaît (et que nous reconnaîtrions en adhérant) pour le Japon serait la Japanese Mahjong Sport Association, jeune et inconnue, au lieu des grandes organisations historiques et reconnues que sont la Japanese Pro Mahjong League, la Japanese Pro Mahjong Association et la Saikouisen. En bref, le riichi serait relégué à un second rôle de faire-valoir.

Pour toutes ces raisons nous ne pouvons en l’état pas accepter l’adhésion à la MIL sur laquelle il nous est demandé de nous prononcer, et nous invitons tous les clubs et leurs presidents à suivre les débats, qui s’ils peuvent apporter des précisions ne manqueront certainement pas de confirmer ce que nous avançons, à commencer par le message que nous avons posté sur le sujet dédié du forum de la fédération : http://mahjong.forum2jeux.com/t1488-adhesion-a-la-mil-mahjong-internatuional-league#7709

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