Pensées sur l’arbitrage

Le weekend dernier j’ai eu le plaisir d’arbitrer mon premier tournoi en tant qu’arbitre non-joueur : le « Tri Nitro Tournament: 5th Detonation ». Il y avait 24 joueurs pour 4 rondes. J’ai pris un réel plaisir à arbitrer, aussi je me permet de revenir un peu sur cette journée, l’occasion de partager cette expérience et de peut-être avoir des retours, qu’ils viennent d’autres arbitres ou de joueurs, qui puissent me servir ainsi qu’à d’autres à améliorer l’arbitrage en général.

Il y a plusieurs façons d’arbitrer un tournoi, mais il me semble que les deux approches principales qu’on peut distinguer sont de rester passif, c’est à dire d’observer en n’intervenant que si on nous appelle, ou au contraire d’arbitrer activement. Les deux ont des arguments en leur faveur, mais j’ai choisi la deuxième. L’idée n’était pas d’être en permanence sur le dos des joueurs, mais plutôt de les assister pour permettre au jeu de se dérouler dans les meilleurs conditions. Je pense qu’identifier les situations à problèmes rapidement et se tenir prêt à intervenir permet de les désamorcer. La plupart des joueurs sont de bonne volonté, aussi si on les corrige d’une façon bienveillante ils n’en prendront pas ombrage et seront peut-être même reconnaissants. C’est aussi un soulagement pour les autres joueurs à la table : il se peut qu’ils aient eu envie de faire une remarque mais se soient abstenus pour éviter le conflit, ce qui peut créer une frustration qui pèse sur l’ensemble de la table. Avoir une tierce personne intervenir de manière neutre leur permet de voir exprimer leur ressenti sans pour autant s’engager personnellement, en quelque sorte de crever l’abcès. C’est donc toute la table (et par extension tout le tournoi) qui y gagne.

Il y a donc deux aspects : le repérage des situations potentiellement problématique et l’intervention. Pour le premier, plutôt que de rester assis dans un coin à attendre qu’on m’appelle, j’ai essayé de garder un œil sur la salle, en ne restant pas immobile pour garder une vue changeante. J’ai particulièrement cherché à être attentif aux flottements qui se produisent parfois et qui peuvent être le signe d’une incompréhension ou d’une hésitation. J’ai aussi gardé un œil sur certaines erreurs de comportement qui ne sont pas dans les règles et ne changent pas fondamentalement le déroulement de la partie mais peuvent apporter une gêne à la table, les « manières ». Et enfin, j’ai essayé de repérer les fins de donnes, le comptage des points étant une source d’erreur assez courante. Je me permet ici une petite précision. Dans l’absolu, je considère que les joueurs devraient déjà maîtriser ces différents aspects et que ces problèmes ne devraient pas se produire. Cela étant, il faut prendre en compte le milieu où nous évoluons, qui n’offre pas tant d’opportunités que ça aux joueurs de s’améliorer, tout simplement parce que les informations ne sont pas couramment disponible — en ce qui me concerne j’ai eu la chance de jouer pas mal au Japon où ces aspects sont non seulement couramment expliqués mais aussi obligatoires. C’est donc une approche réaliste que de profiter de l’occasion pour permettre aux joueurs de progresser, plutôt que de se plaindre et d’espérer que les choses changent comme par magie. Mais l’objectif à long terme devrait être que toutes ces petites choses deviennent suffisamment communes pour que les joueurs les intègrent naturellement.

Une fois la situation susceptible de poser problème repérée, il faut intervenir. Ça ne veut pas dire sortir l’artillerie lourde et interrompre le jeu directement. D’une manière générale, je dirais qu’il faut chercher à être bienveillant. Dans un premier temps, s’approcher de la table tout en respectant une distance permet aux joueurs de sentir la présence de l’arbitre mais sans se sentir sous pression. Un contact visuel mais silencieux accompagné d’un sourire signifie au(x) joueur(s) qu’on est là en soutien mais qu’ils restent aux commandes, afin de rendre la présence rassurante plutôt qu’intrusive. Parfois une petite moue discrète peut suffire à faire prendre conscience à un joueur qu’il est en train de faire une erreur, par exemple en comptant ses points, et lui permet de la corriger de lui-même, ce qui est plus valorisant que de s’entendre reprendre et gêne moins le jeu. Lorsqu’une intervention est nécessaire, là encore il me semble important de la présenter d’une façon positive : si on reprend un joueur lui expliquer ce qu’on attend de lui mais aussi la raison d’être de cette règle, être pédagogue plutôt que répressif, et lorsqu’on doit prendre une sanction l’accompagner d’un geste apaisant pour signifier que ça n’est pas personnel. La bienveillance dont je parlais passe aussi par l’attitude : j’ai essayé d’avoir une voix posée et discrète plutôt qu’inquisitrice, de m’approcher mais ne pas m’imposer, si le sujet nécessitait plus que quelques mots m’accroupir pour être au même niveau que les joueurs et ne pas les forcer à se tordre le cou, et tout simplement rester souriant. Je pense que cela permet d’instaurer un climat de confiance plutôt que de défiance, et évite aux joueurs de se braquer ou de paniquer.

Voilà en gros la façon dont j’ai abordé l’arbitrage pour cette première expérience. Je dois dire que le contexte était favorable, puisque d’une part il n’y avait pas un nombre énorme de joueurs, et d’autre part je connaissais la plupart assez bien. J’espère que ça a aussi été plaisant pour les joueurs qui étaient présents, et je serais ravi d’échanger afin de dégager ce qui est bien et ce qui l’est moins, autant pour m’en servir lors d’un prochain tournoi que pour nourrir la réflexion d’autres arbitres et améliorer la qualité générale de l’arbitrage.

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